HOMMAGE A MAURICE BARRES A L’OCCASION DE L’ANNIVERSAIRE DE SA MORT

Commémorer la mort de Maurice Barrès (décédé le 4 décembre 1923), c’est être fidèle à son œuvre, lui qui écrivait, lors de son séjour sur sa terre natale en Lorraine, « en faisant sonner les dalles de ces églises où les vieux gisants sont mes pères, je réveille des morts dans ma conscience » (Un Homme libre) . Aussi, commémorer la mort de Maurice Barrès, c’est rappeler les nécessités de l’enracinement pour épanouir son Moi, sa propre sensibilité, au moment même où l’idéologie du progrès souhaite plus que tout nous déraciner.

Dans L’exabarrèsmen des trois romans idéologiques que constitue la trilogie du Culte du Moi (Sous l’oeil des Barbares, Un Homme libre et Le Jardin de Bérénice), Maurice Barrès nous explique la méthodologie de l’analyse du Moi qu’il a établi :

« Il n’y a qu’une chose que nous connaissons et qui existe réellement parmi toutes les fausses religions qu’on te propose, parmi tous ces cris du cœur avec lesquels on prétend te rebâtir l’idée de patrie, te communiquer le souci social et t’indiquer une direction morale. Cette seule réalité tangible, c’est le Moi, et l’univers n’est qu’une fresque qu’il fait belle ou laide.

« Attachons-nous à notre Moi, protégeons-le contre les étrangers, contre les Barbares.

« Mais ce n’est pas assez qu’il existe ; comme il est vivant, il faut le cultiver, agir sur lui mécaniquement (étude, curiosité, voyages).

« S’il a faim encore, donne-lui l’action (recherche de la gloire, politique, industrie, finances).

« Et s’il sent trop de sécheresse, rentre dans l’instinct, aime les humbles, les misérables, ceux qui font effort pour croître. Au soleil incliné d’automne qui nous fait sentir l’isolement aux bras même de notre maîtresse, courons contempler les beaux yeux des phoques et nous désoler de la mystérieuse angoisse que témoignent dans leur vasque ces bêtes au cœur si doux, les frères des chiens et les nôtres. »

Cette démarche d’abord anarchisante et individualiste va très vite se voir confrontée à sa propre limite. Dans un effort de dépassement de cette limite due à l’égotisme de la méthode et en puisant au plus profond de son Moi, Maurice Barrès y découvre ses racines et son terreau, c’est-à-dire ce qui permet de le nourrir, de le faire vivre et de l’épanouir. Ses adversaires lui disaient qu’ « un tel repliement sur soi-même est desséchant » (L’examen des trois romans idéologiques). Pourtant, Maurice Barrès, en prolongeant cette démarche, a trouvé la source du Moi permettant de l’irriguer.

Comme il l’explique dans Amori et Dolori Sacrum : « Mon sentiment chaque jour plus profond de l’individu me contraignit de connaître comment la société le supporte et l’alimente tout. Un Napoléon lui-même, qu’est-ce donc, sinon un groupe innombrable d’événements et d’hommes ? Et mon grand-père, soldat obscur de la Grande Armée, je sais bien qu’il est une partie constitutive de Napoléon, empereur et roi. Ayant longuement creusé l’idée du « Moi » avec la seule méthode des poètes et des mystiques, par l’observation intérieure, je descendis parmi les sables sans résistance jusqu’à trouver au fond et pour support la collectivité. Les étapes de cet acheminement, je les ai franchies dans la solitude morale. J’ai vécu les divers instants d’une conscience qui se forme. Ici l’école ne m’aida point. Je dois tout à cette logique supérieure d’un arbre cherchant la lumière et cédant avec une sincérité parfaite à sa nécessité intérieure. Je proclame que, si je possède l’élément le plus intime et le plus noble de l’organisation sociale, à savoir le sentiment vivant de l’intérêt général, c’est pour avoir constaté que le « Moi », soumis à l’analyse un peu sérieusement, s’anéantit et ne laisse que la société dont il est l’éphémère produit ».

Notre Moi ne serait alors que le prolongement d’un socle culturel et inconscient beaucoup plus vaste composé des morts, de la terre et de l’héritage. C’est en prenant conscience de ses racines que son Moi se fond dans une conscience collective constituée par le peuple et ses ancêtres. Il est à noter que, si l’école n’aida point Maurice Barrès dans cette prise de conscience comme il le fait remarquer, il n’y a alors que peu de doute qu’il verrait aujourd’hui en elle un ennemi, une institution remplie de Barbares violant le Moi. Effectivement, à une époque où un Ministre de l’Éducation nationale déclare que « pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix » (Interview de Vincent Peillon au JDD, 4 septembre 2012), le pouvoir souhaite utiliser l’école pour boucher la source et couper les racines du Moi afin de façonner une multitude d’individus interchangeables, vides, déracinés et sans boussole.

Célébrer l’anniversaire de la mort de Maurice Barrès, alors que celui-ci est de plus en plus oublié (se procurer un de ses livres devient de plus en plus difficile et son œuvre n’est évidemment ni enseignée à l’école, ni dans les facultés de lettres), permet de se souvenir de sa magnifique œuvre – tout en laissant de côté son insupportable antisémitisme – au moment même où les Barbares de l’idéologie dominante feraient tout pour l’enfouir.

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