LE MOUVEMENT DE JEUNESSE ALLEMAND

Voici une reproduction d’un large extrait d’un article sur le mouvement de jeunesse allemand écrit par Gerd Knoche, un jeune écrivain allemand de l’époque. Ce texte est paru dans le numéro 92 de la revue Europe du 15 août 1930 (p. 593 et s.). Il présente un intérêt historique car l’auteur de ce texte a lui-même fait partie du mouvement de jeunesse allemand. La description qu’il offre de ce mouvement dans ce texte est donc au plus proche de la réalité. 

LE MOUVEMENT wandervoegel-gDE JEUNESSE ALLEMAND (1)

Le mouvement de jeunesse allemand (Jugendbewegung) est né vers 1900. De 1900 à 1914, il a connu sa plus grande floraison, en ce qui concerne sa vie profonde. Depuis 1914 ou 1919, suivant le cas, il a en partie perdu de sa force intérieure, mais il a, par contre, gagné constamment du terrain.

Il compte parmi ses ancêtres, dont il n’est d’ailleurs en aucune façon dépendant, le jeune Goethe, le romantisme allemand (et en particulier Eichendorff), la Burschenschaft (2), Hölderlin, Nietzsche.

Le mouvement de jeunesse n’est un mouvement ni philosophique, ni littéraire, ni politique, ni moral, mais c’est un mouvement qui embrasse la vie tout entière, au delà des partis. Il a toutefois pénétré peu à peu dans tous les partis, toutes les églises, etc.

Le mouvement de jeunesse n’a pas commencé par un programme, une protestation, ou une lutte, mais il s’est simplement, un jour, trouvé exister.

Les causes qui ont provoqué la naissance du Picture-7-e1332711556744mouvement de jeunesse allemand sont la faillite de l’homme moderne d’Europe et en particulier d’Allemagne.

Le trait fondamental le plus profond du mouvement de jeunesse se manifeste d’une façon paradoxale : en s’affranchissant de formes internationales superficielles et en revenant à une manière d’être vraiment allemande, il prépare les Allemands à une future internationale humaine ; et voici un second paradoxe : tandis que, sur les terrains les plus divers, il s’échappait du présent pour remonter dans le passé allemand, il libéra l’âme allemande de la limitation temporelle et de la caricature, et l’éleva vers une conception absolue, et indépendante de la notion de temps, de la nature allemande et humaine.

Voici les tendances essentielles du mouvement de jeunesse : retour à la nature ; romantisme de la nature et des mœurs ; retour à de nombreuses formes du passé ; unité de l’âme et du corps ; hostilité à la suprématie du cerveau, et vie basée sur l’instinct ; réalisation (grâce à l’esprit à la fois pratique et mystique dont il imprègne les religions, programmes politiques, etc., tombés dans le dogmatisme) ; sentwandervogeliment national et sentiment de la communauté, sur la base de la liberté de la personnalité spirituelle ; fraternité ; démocratie pratique ; conception du chef ; communauté organique.

Toutes ces tendances, comme le mouvement de jeunesse lui-même, n’ont pas été enseignées et formées de l’extérieur, mais elles ont germé et grandi spontanément, à la manière d’une plante. Elles ne reçurent qu’ultérieurement un développement philosophique complémentaire.

Retour à la nature : c’est le précepte moral de Rousseau, et l’inclination poétique des romantiques allemands tels que Eichendorff. Au centre de ces rapports avec la nature se trouve le Wandern, qui fut, il y a cent ans, un des sujets principaux de la poésie lyrique d’Eichendorff, ce même Wandern qui, au Moyen âge, menait les apprentis allemands de ville en ville, de pays en pays. Wandern : on ne pourrait rendre le sens de ce mot en traduisant simplement par « marcher », « voyager à pied », « faire une randonnée » ; Wandern, c’est échanger l’esclave de la société humaine contre la nature, le bruit et la poussière de la ville contre le silence et l’air pur des champs, le travail contre la contemplation, la profession et la famille contre un milieu étranger, l’habituel contre l’inconnu, les bornes étroites contre les vastes horizons. Avec tout cela les bienfaits de l’exercice physique, et le contact immédiat avec la terre-mère. Wandern, cela rajeunit et régénère l’homme. De Wandern dérive le nom des membres du mouvement : Wandervogel (oiseau migrateur). Ce nom s’emploie aussi, simplement, à la place de Jugendbewegung.bo3

Ce retour à la nature n’est pas voulu pour des raisons morales, il repose sur un instinct romantique. Et tout aussi romantique est la vie au sein de la nature : on marche au son du violon, on improvise dans les villages et les petites villes des concerts pour les habitants qui fournissent la paille où on passera la nuit. On fait cuire, en plein air, un repas très frugal, on a ses usages à soi, qui sont d’une grande simplicité, on se vêt d’une façon particulière ; sur les montagnes, ou en d’autres endroits écartés, on allume un feu, autour duquel on chante et on danse, et on saute parfois, un à un ou deux à deux, à travers les flammes.

Le romantisme apparaît ici nettement sous l’aspect d’une fuite – plus exactement d’une fuite temporaire – devant une réalité dure et laide, que l’on déteste, mais dont on ne sait pas, pratiquement, se défendre. Romantisme : c’est-à-dire tentative d’instaurer une nouvelle et plus belle réalité.

Comme il arrive souvent, le romantisme marche ici de pair avec une prédilection conservatrice pour les vieux usages. De même qu’il y a cent ans, déjà, les étudiants de la Burschenschaft s’habillaient selon l’ancienne coutume allemande pour protester contre la mode internationale régnante, qui leur paraissait trop efféminée, les Wandervogel ont adopté un costume commode et sain, d’aspect un peu rustique et méWandervogel-Jugenddiéval ; ceux-là déterminés par leur intelligence, ceux-ci mus par leur instinct. Même les jeunes hommes aiment les vêtements aux couleurs vives et variées. Une blouse toute simple avec ou sans ceinture de cuir, et avec un col qui laisse découverts le cou et une partie de la poitrine (Schillerkragen, ou « col Danton ») ; une culotte courte ; des bas qui laissent les genoux nus ; et de fortes bottes pour la marche. Les jeunes filles ont un costume analogue, quelque peu rustique, et qui rappelle les temps anciens. On va nu-tête, et un lourd sac à dos – que portaient, dans les premiers temps, hélas ! même les jeunes filles – complète la tenue.

Comme les romantiques du début du XIXème siècle, les Tieck et les Brentano, les jeunes gens de la Jugendbewegung recueillent de vieux chants populaires. Ils rejettent les vieux chants populaires déjà connus, ceux-là justement que les romantiques ont recueillis et tirés de l’oubli, mais qui durant les cent ans écoulés depuis lors sont devenus une monnaie usée et se sont incorporés à l’esprit bourgeois. Ils les remplacent par d’autres, plus beaux, qu’ils chantent, qu’ils jouent sur la Klampfe (guitare), qu’ils dansent, et qu’ils apprennent aux enfants. On cherche également à retrouver la vieille danse paysanne, dont la base est la ronde.

De même encore, d’une manière simple, forte et profonde, ils restaurent les fêtes dans l’esprit du temps passé. Des fêtes comme Noël et la Pentecôte sont affranchies de leur caractère froidement conventionnel, et, grâce aux chants, aux fleurs, à l’ornementation de la maison, et à un esprit de recueillement sincère, elles deviennent des fêtes véritables, dans notre temps si riche en plaisirs et si pauvre en fêtes.

Dans ce retour à la source du passé, il y avait tout autre chose qu’un caprice momentané, et bien plutôt une loi profonde. C’est ce que prouve le fait suivant : tandis que les visages de tant de personnalités dirigeantes de l’Allemagne ont des traits tout à fait indéterminés, indécis, étrangers au véritable type allemand, on était frappé de voir si fréquemment dans le mouvement de jeunesse des figures de jeunes hommes qui semblaient sorties des tableaux de Lucas Cranach et d’Albert Dürer. On voit nettement par là que des courants souterrains du génie allemand, parmi les plus anciens et les meilleurs, ont cherché à se faire jour dans le mouvement de jeunesse.7

La Jugendbewegung créa un homme nouveau et un, et elle réalisa ainsi une partie de ce qu’avaient rêvé et présagé, dans le siècle précédent, des prophètes comme Hölderlin et Nietzsche : Hölderlin, qui se plaint que l’Allemand soit une tête, une main, ou un pied, mais jamais un homme ; Nietzsche, qui combat le Bildungsphilister (3) allemand qui sait tout et n’est rien. Unité de l’âme et du corps, de la pensée et de l’instinct, de l’idéologie et de l’action. Progrès, et en même temps retour du type, bourgeois et laid, de l’homme qui n’est estimé que par rapport à un but, au type gothique et grec, beau et harmonieux, de l’homme qui tire sa valeur de lui-même. De là la forte inclination du mouvement de jeunesse pour le mouvement néogymnastique allemand, qui dérive d’une part de la doctrine de Nietzsche, de l’autre de la culture plastique d’Isadora Duncan. Mais de là aussi sa violente méfiance envers la science et la littérature de notre époque, car il sait que celles-ci émanent, pour une large part, d’hommes au cerveau puissant et bien doués quant au système nerveux, mais faibles au point de vue de l’instinct et de l’action.

De même que la science et la littérature, les autres manifestations de la vie humaine moderne – politique, religion, etc., – lui paraissent également vidées de toute réalité créatrice. Partout il pénètre dans les partis, les églises les groupements philosophiques, et partout il remplit les formes vides – à la vérité dans une mesure assez modeste – avec sa foi et sa volonté mystique d’agir. Chez lui le catholicisme et le protestantisme ne sont plus des édifices dogmatiques, froids dans leur agencement rigoureux, mais des mondes de foi, que l’on doit vivre avec ardeur et sincérité, avec tant de sincérité qu’ils deviennent intelligibles même aux personnes étrangères à cette foi. Le socialisme et le communisme ne sont plus de froides idéologies reposant sur la haine, l’envie et l’esprit de vengeance, mais on doit également les vivre : c’est de la fraternité seulement que peut naître une société nouvelle. Le nationalisme n’est plus ici orgueil et haine de l’étranger, mais profession de foi vécue en faveur de ce qu’il y a de meilleur dans le génie de la nation, et de la destinée commune dans le passé et dans l’avenir. Le pacifisme n’est pas un verbiage de banquet, mais une action véritable, née du sentiment de fraternité ; il n’est pas la lassitude de la guerre, mais il se consacre à un combat plus noble.

Le fait que la cupidité, l’astuce tumblr_ltkyxvvaEf1qiw9oko2_500et la routine des partis sont ainsi remplacées par des intentions pures et par la loyauté, explique aussi la tolérance relativement grande qui règne entre les différentes tendances politiques au sein du mouvement de jeunesse. Tous ces jeunes gens se sentent unis par quelque chose de profond qu’ils ont en commun.

C’est un sentiment de communauté d’une espèce tout à fait nouvelle qu’a créé le mouvement de jeunesse, à notre époque où on ne trouve, d’un côté que des individualistes, de l’autre que des masses avec des instincts de masses et des psychoses de masses. Bien que le mouvement de jeunesse ne soit pas à proprement parler un mouvement de masses, mais – et c’était vrai surtout durant sa période de floraison – le mouvement d’une élite, il ne doit cependant pas être interprété comme un mouvement d’individus selon l’esprit individualiste, tel que par exemple les mouvements d’artistes, mais comme un mouvement de communauté, comme le premier pas vers la formation d’une nouvelle « masse », ou mieux d’une société humaine douée d’une structure organique. Pour tous ceux qui passaient par le mouvement de jeunesse, c’était une bien belle chose, dans ce temps si pauvre de cordialité, que de trouver partout, dans toute l’étendue d’un grand pays, des amis, des frères, des compagnons secourables, qui tous, sous un même signe, formaient véritablement un « peuple », et non un troupeau de bêtes menant côte à côte une vie anarchique, et, au fond, en ce qui concerne les esprits, asociale. Ce fait trouva son expression dans le tutoiement qui, partout, dans le mouvement de jeunesse, même entre inconnus, se substitua au « vous ». Pour la première fois depuis longtemps, un compromis avait pu être réalisé entre la personnalité libre et indépendante et les liens qui unissent l’individu à la communauté.

L’hospitalité et la serviabilité sont grandes parmi ces jeunes gens, même envers des personnes étrangères à leur mouvement, pourvu que, d’instinct, ils les reconnaissent comme étant des leurs. C’est l’instinct qui décide, et non la carte de membre.

La démocratie, qui fait d’ordinaire l’objet d’une lutte entre ses partisans et ses adversaires, et qui est le résultat d’une victoire remportée par la violence, était une chose qui se développe tout naturellement. Fils de bourgeois et d’ouvrier, de paysans et de nobles savaient s’apprécier en tant qu’hommes, non en tant que rouages du mécanisme utilitaire de la société.

Le rôle du « chef », lui aussi, fut conçu d’une façon nouvelle. On ne pouvait pas prendre pour chef, comme le faisait la génération précédente, le spécialiste éminent d’un domaine déterminé, mais celui-là seul pouvait être chef, qui avec la totalité de sa personnalité humaine s’était élevé du sein d’un groupe qui le portait et lui donnait sa confiance.

C’est seulement sur la base du mouvement de jeunesse que pouvaient se créer de petites communautés de travail et d’éducation, si étroitement et si fortement unies, comme il s’en forma dans le mouvement. Ici encore, ce n’était pas le lien habituel de la génération bourgeoise, lien qui est de nature soit mécaniste et utilitaire, soit purement personnelle et subjective, mais quelque chose de nouveau, d’à la fois objectif et subjectif, et que dominait une idée commune.

Aux us et coutumes du mouvement de jeunesse, tels qu’ils se manifestent dans les chants, les danses, le costume et les fêtes, s’apparente étroitement la conception nouvelle que le mouvement avait de l’art dramatique. Du théâtre intellectuel où sont traités de grands problèmes, et du théâtre qui se réduit à un passe-temps superficiel, du théâtre où les directeurs ne sont que des hommes d’affaires expérimentés, où les acteurs sont creux et routiniers, et où le public applaudit machinalement, iallgemein-wandervogel.002.gl aspirait à revenir à un théâtre qui fût en même temps un lieu de culte, comme celui des Grecs primitifs ou celui des mystères du Moyen âge. Et, de fait, dans le choix de ses représentations, il reprit les mystères du Moyen âge, ou bien il créa de nouvelles pièces qui s’en inspiraient. La mise en scène ne devait pas être savante, mais toute simple ; les acteurs n’étaient pas des professionnels, mais de simples amateurs (d’où les noms de Laienspiel et Laienbühne donnés à ce théâtre), qui souvent d’ailleurs, justement grâce à leur naturel et à leur recueillement, produisaient sur le public une impression profonde. C’étaient assez fréquemment des étudiants et des instituteurs. Sans résidence fixe, ils allaient de village en village, de ville en ville, et jouaient, pour un prix d’entrée très modéré, devant des citadins et des paysans. Et il arriva que, tout à fait spontanément, sans qu’il fût nécessaire de le demander, les spectateurs s’abstenaient, pendant et après ces représentations, de tout applaudissement bruyant ; leur silence exprimait la puissance de l’impression produite, en même temps qu’il remerciait les acteurs. On s’abstenait de même, dans le mouvement de jeunesse, de tout applaudissement après les exécutions musicales ou déclamatoires, ainsi qu’après les conférences et les discours.

Dans le domaine de la vie économique, scansione0004le mouvement de jeunesse se créa des formes propres : la « colonie » (Siedlung), et la « communauté de travail » (Arbeitsgemeinschaft). A vrai dire le mot « économique » est ici insuffisant, car le mouvement de jeunesse ne saisit jamais les choses de la vie d’un seul côté à la fois, par exemple du seul point de vue économique, ou social, ou artistique, etc., mais il s’agit toujours d’une transformation de la vie tout entière. C’est ainsi que les colonies sont à la fois des formes de la vie économique, sociale, et individuelle. Au centre se trouve l’agriculture, ou un métier, ou un travail intellectuel, ou un foyer d’enfants, parfois aussi plusieurs de ces activités réunies. L’idée économique fondamentale est la répartition du travail et des bénéfices sur la base d’une loyale fraternité, – les nuances variant sur ce point depuis une conception communiste jusqu’à une conception modérément individualiste. Mais on s’attache avant tout à la qualité et à la propreté du travail, on est hostile à tout « Ersatz », et on entretient avec le monde extérieur, pour autant qu’il est suffisamment mûr, des relations commerciales d’un caractère fraternel. L’activité économique n’est pas considérée seulement comme un moyen d’enrichissement (ainsi que l’entend l’Europe occidentale actuelle), mais comme un service rendu à la collectivité (ainsi que l’entendent le bolchevisme, le fascisme, et les mieux inspirés des capitalistes américains).

Ces colonies dépendent le plus souvent très étroitement de conceptions politiques ou philosophiques. Parmi les plus intéressantes sont le « Barkenhoff », colonie communiste fondée par le célèbre peintre Heinrich Vogeler, à Worpswede, près de Brême, et les colonies d’esprit protestant et tolstoïen de Neuwerk-Sannerz et de Habertshof, toutes deux dans la Hesse. Il y eut aussi pendant quelque temps, à Leipzig, une petite usine appartenant à des communistes du mouvement de jeunesse, qui comprenait imprimerie, reliure et forge.

L’activité politique du mouvement de jeunesse a déjà été signalée ci-dessus. Nous y reviendrons plus loin, dans la mesure où elle a rapport à la France.

Mais c’est l’éducation qui est devenue le domaine propre du mouvement de jeunesse. Bien qu’il n’ait pas créé lui-même directement l’éducation nouvelle, il n’en est pas moins vrai que cette éducation ne se concevrait pas sans les membres du mouvement de jeunesse, que ce soit comme maîtres ou comme élèves. Il y eut là deux wandervogel3courants, qui se réunirent en un seul courant plus large. Les créateurs de la réforme scolaire, les Lietz, les Otto, les Wyneken, étaient encore, extérieurement, des hommes de l’ancienne génération, mais Otto et Wyneken seraient restés sans écho, et l’école de Berthold Otto, Wickersdorf, et l’école de l’Odenwald n’auraient pas été possibles sans le mouvement de jeunesse. Le nouvel adolescent et le maître qui comprenait ce nouvel adolescent, étaient faits l’un pour l’autre. Le nouveau sentiment de la communauté, l’hostilité à la pure théorie, et à l’autorité purement conventionnelle qui ne repose pas sur la dignité du caractère, enfin la vie et le travail réalisateur : tout cela constitue également la base de l’école nouvelle.

Dans bien des universités les anciens Wandervögel formèrent des « communautés universitaires » (Hochschulgemeinden), qui cherchaient à donner à leurs membres ce que le schéma sec des universités ne savait pas leur donner.

Le mouvement de jeunesse a aussi contribué pour une très large part à la fondation de l’université populaire (Volkshochschule), ou plus exactement de l’ « université populaire organique », par opposition à celle qui avait existé jusque-là et à laquelle il donnait le nom de Lernvolkshochschule (université populaire d’enseignement livresque). De même que Grundtvig au Danemark après la défaite danoise de 1864, ewvut à son exemple, des hommes du mouvement de jeunesse, ou des sympathisants à ce mouvement, comprirent, après la défaite allemande de 1918, que le système d’éducation populaire en usage jusqu’alors avait fait faillite. De même que l’école primaire, le gymnase et l’université, l’université populaire elle aussi n’avait transmis qu’un savoir livresque, et non une culture vivante, et de plus elle n’avait eu, souvent, qu’un public d’intellectuels dilettantes. L’université populaire organique s’adresse à des hommes ayant un désir profond de se cultiver, appartenant aux milieux ouvriers et paysans, ou à la classe moyenne, et elle transmet, selon l’esprit du mouvement de jeunesse et de l’éducation nouvelle, un savoir vivant, un enrichissement de la vie individuelle et sociale ; le maître est en contact étroit avec l’élève. Citons l’université populaire d’Iéna, admirablement dirigée, et en majorité communiste, ou on étudie science et art, philosophie et religion, chants et danses populaires, ainsi que la nouvelle gymnastique allemande, et l’internat d’université populaire (Volkshochschulheim) de Dreissigacker, qui est socialiste ; toutes deux sont en Thuringe. L’internat d’université populaire du Docteur Fritz Klatt, à Prerow, sur la côte de la Baltique, mérite une mention spéciale ; il ne s’adresse pas au peuple, mais aux éducateurs du peuple : professeurs de l’enseignement secondaire, instituteurs, maîtresses de gymnastique, bibliothécaires, libraires et étudiants.

[…]


1 : L’auteur de cet article, M. Gerd Knoche, jeune écrivain allemand, définit dans sa signification profonde, pour les lecteurs français d’Europe, le mouvement de la Deutsche Jugendbewegung auquel il a pris part.

2 : Corporation d’étudiants, vers 1815.

3 : « Philistin de culture ». C’est un homme médiocre et prétentieux, qui s’enorgueillit d’une culture en réalité toute factice (Note du trad.).

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